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Wort.Lu : le changement dans les médias passe aussi par de petits développements

on lun, 10/14/2013 - 13:46

Par Julien Le Bot 

Disruption, parallalaxe, snow-fallisation exigée des grands reportages et compagnie : comme le titrait le billet invité de Cécile Blanchard sur Meta-Media : Scroll is, peut-être, the new clic (is it ?). Avec, comme le précise la journaliste au point 4 de son article, un "bémol" : "la monétisation". C'est comme toujours : innover sans le sou, ce n'est pas évident. Et pourtant, il est possible de tenter des choses. Et ça commence par le fait d'essayer de changer sa façon de travailler. Arnaud Wéry le montre très bien en proposant régulièrement sur le site de L'Avenir des traitements originaux des informations locales (un peu de carto, un peu de data, de frises, etc.). Dominique Nauroy, de son côté, est journaliste pour la version francophone du site d'information Wort.lu. A quelques jours des élections législatives anticipées (prévues le 20 octobre), ce dernier, qui s'y connaît un peu côté code (ayant travaillé dans une agence web quelques années plus tôt), a eu une envie : "rendre comparable sur le web ce qui ne l'est pas sur le papier".  Quelques 60 heures de travail plus tard, il mettait en ligne un " petit comparatif des programmes". Simple comme un tableur, austère, mais efficace.

Scrolls

Wort.lu, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est éditions en quatre langues. A l'approche des élections législatives anticipées (le Premier ministre Jean-Claude Junker ayant été désavoué par le Parlement dans le cadre d'une affaire impliquant les services de renseignement), le journaliste Dominique Nauroy - qui travaille pour l'édition francophone - a eu envie de clarifier un peu le débat en développant un petit comparatif. Entretien.  

1/ Quel est votre projet ? 

Dominique Nauroy :  D'abord, on ne s’est pas concentré sur les 9 programmes des formations présentes dans ces législaitives (chacune avec 60 candidats), mais bien plutôt sur les quatre qui sont susceptibles de former une coalition (4 partis : le CSV, les Verts, le LSAP, et le DP). En effet, Il y a au Luxembourg une tradition de coalition qui rend le jeu politique particulier : il faut penser en fonction de ces quatre formations.

Les programmes font grosso modo une centaine de pages. On n’a pas toujours la même segmentation. L’idée a été la suivante : mettre les quatre programmes de ces quatre partis dans un même entonnoir. Pour rendre comparable ce qui ne l’est pas sur le papier. 

2/ Ce projet est-il valable pour tous les sites ? 

D. N. : La première difficulté, ça a été de le développer d’abord pour les francophones (chaque version a sa spécificité, pas de parallélisme des sites). Les autres versions ont été un peu différentes. notre équipe travaille sur 6 questions de fonds pour les germanophones. En anglais, l’idée a été d’envoyer aux neuf partis les mêmes questions, et les réponses seront mises en forme de la même manière.

3/ En français, comment ça marche, précisément ? 

D. N. : En français, je suis parti de sept “grands thèmes” pour comparer, avec des sous-thématiques. Je prends un exemple local : le point de tension autour de l’index (ou la modulation des salaires). C’est un aspect important pour la vie vie professionnelle de tous les Luxembourgeois. En un clic, on peut avoir un condensé des approches de chacun des quatre grands partis.

4/ Ce ne sont pas des données statistiques ; c'est bien vous qui avez retravaillé toutes ces informations ? 

D. N. : Oui, et je me suis efforcé d'avoir des données succinctes. En matière de textes, c'est 13 000 signes au total. En revanche, c'est vrai que ce genre de comparatif s’adresse à un public déjà un peu initié. Exemple : qu'est-ce que l'index, précisément. Après, thème par thème, on a la sensibilité du parti sur tous les points importants.

5/ Pour développer ce projet, avez-vous travaillé seul ?   

D. N. : Oui. Avant d’être journaliste, j’ai travaillé dans une agence web. Ce qui me permet d’effectuer un peu de développement moi-même. J’ai donc fait une simple base : et chacun peut y retrouver, par thématique, les infos qu’il cherche.

6/ C'est sans doute l'une des raisons de son côté visuellement brut. Pas de boutons de partage sur la page ?

D. N. : C'est l'une des difficultés techniques pour nous. Tant que nous n'aurons pas une nouvelle version du site, je dois composer avec des gabarits particuliers. Et j'ai eu besoin de toute la largeur de l’article pour intégrer ce comparateur. Mais nous allons les ajouter. 

7/ Combien de temps de travail au total ?

D. N. : J’ai fait ça quasiment en solo. Traduction des programmes et synthèse par thématique. La programmation m’a pris très peu de temps, proportionnellement. On est sur 40 heures de trad, et une vingtaine d’heures sur la mise en musique.

8/ Côté mise en forme de l'info, avez-vous eu d'autre projets présentant autrement les données ?  

D. N. : Oui, c'est vrai que la mise en forme est parfois un peu carrée. Mais on commence à aller vers des projets mettant les internautes plus au coeur de l’expérience. On avait essayé queque chose pour le Tour de France, par exemple. Il y a aussi eu le projet d'un de nos jeunes journalistes venus de la formation de Metz, Raphaël Da Silva : ce dernier avait réalisé un beau projet pour revenir sur les trente années de vie politique pour Jean-Claude Junker. En somme, on avance progressivement et on essaie de metter en place de nouvelles choses.  

9/ La boussole politique, c’est assez recherché, en ce moment… Il y avait eu Smartvote.lu (une déclinaison locale d’un projet suisse), et, en France, il y a notamment Politest : avez-vous en projet de travailler sur de telles applications ?

D. N. : En effet, si on avait pu, on aurait été plus loin. Notamment en passant par le biais d’un quizz. Mais pour nous, le plus important, c'est de continuer déplacer progressivement nos pratiques pour essayer de proposer de nouvelles façons de présenter l'information, et pour apprécier les réactions des internautes.

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Crédit : @Clarence (Licence Creative Commons CC-BY-2.0).