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Rue89Lyon, où en est-on, un mois après ?

on mar, 12/06/2011 - 09:27

Par Julien Le Bot

L’optimisme est-il un humanisme ? Question ambiguë : ne jamais se contenter d’un état de fait, le cours des choses fût-il avantageux, est une nécessité pour qui veut guider sa barque sans risquer un retournement de situation. Jusques et y compris sur la Toile. L’équipe de Rue89Lyon le sait, cavalcade et, pour l’instant, ça marche. Entretien avec Laurent Burlet.    

Rue89Lyon n’est pas le fruit du hasard – et encore moins de la nécessité. Le paysage éditorial local est en crise ? Qu’à cela ne tienne, le web est en friche, on y va. C’est peu ou prou ce qui fonde la démarche des journalistes du premier « pure player » d’informations locales à Lyon. Près d’un mois après le lancement du site, les feux sont au vert : le public est là, la publicité aussi.  Entretien avec l’un des cofondateurs de cette rédaction, Laurent Burlet.

Créer Rue89Lyon alors que l’on répète à satiété que les caisses sont vides et que l’Europe est en crise : quel démon vous a pris ?

Le démon de la presse, tout simplement. Nous avons tous été licenciés du journal Lyon Capitale, mais nous ne voulions pas abandonner la partie.

D’où cette idée : fonder votre titre. Pourquoi avoir choisi Rue89 pour concrétiser cette envie ?

Nous savions que Rue89 était à la recherche de projets et d’initiatives locales, d’abord. Et nous  sommes convaincus par ce que représente Rue89 en matière de journalisme sur la Toile : c’est à peu de choses près notre philosophie. Il était donc naturel de voir si ce montage était possible.

Ce qui fut fait en toute indépendance vis-à-vis de votre partenaire parisien : vous avez  monté votre propre société, n’est-ce pas, étant entendu que sur la base d’un partage de valeurs (journalistiques notamment), chacun était libre ensuite de travailler comme il l’entendait ?

Exactement. Rue89Lyon est une société coopérative (Scop) regroupant cinq associés : trois journalistes, un directeur artistique-webmaster-technicien web, et un commercial.

Au fond, vous vous êtes appuyés sur une marque pour construire votre modèle ?

En fait, je suis monté à Paris voir ce qui pouvait être fait. Or, il se trouve que Rue89 était déjà en pourparlers avec une équipe installée à Strasbourg – le site devrait sortir dans quelques temps – pour travailler selon le même schéma : échange de bons procédés, autonomie des rédactions.

Finalement, dès lors que vous vous êtes mis d’accord, tout est allé très vite ?

En quelques mois, nous avons pu mettre sur pied Rue89Lyon. Le soutien de Rue89 a été essentiel dans nos démarches : quand vous vous adressez à un banquier pour présenter votre projet, vous ne partez pas de rien. Rue89 est un site connu et reconnu : les portes s’ouvrent plus facilement.

Pourquoi avoir choisi, ensuite, de monter une société coopérative (Scop) ?

Nous étions tous déjà sensibilisés aux thématiques liées à l’économie solidaire, et nous avons d’ailleurs été très largement soutenus grâce à ce réseau.

Quel a été l’accueil réservé à Rue89Lyon ?

Nous n’en sommes qu’au tout début. Mais d’ores et déjà, les signaux sont positifs. D’ailleurs, dès le lancement, nous avons pu associer quelques blogueurs et mettre en place, très vite, des articles à « trois voix », comme on dit : journaliste, expert, internaute. C’était là notre philosophie, et nous avons pu nous y tenir assez vite.

Vous avez donc des retours positifs, mais aussi des infos signalées par des internautes, etc. ?

Effectivement, nous avons eu la chance de pouvoir très vite trouver une audience active.

Rue89Lyon, est-ce « Lyon seulement » ?

Non, c’était plus élégant de nommer le site Rue89Lyon. Mais notre zone de couverture doit pouvoir s’étendre, à terme, sur la région Rhône-Alpes. Nous souhaiterions pouvoir élargir nos informations à Grenoble, Saint-Etienne, ou encore à tout ce qui concerne la zone frontalière avec la Suisse. Pour l’instant, nous restons très centrés sur Lyon, mais c’est important pour nous de rendre compte de ce rayonnement lyonnais au sens large – parc qu’il existe des problématiques de territoires qui vont bien au-delà des limites de l’agglomération lyonnaise.            

Vous travaillez aussi sur du « service local » ?

Nous allons sortir un agenda dans les jours qui viennent : c’est essentiel, à l’échelle locale, de pouvoir valoriser l’information culturelle par exemple. Surtout pour un titre qui se réclame de Rue89.

S’il l’on aborde le « nerf de la guerre », qu’en est-il des annonceurs ?

Nous avons été très prudents dans nos hypothèses de départ ; nous avons donc des retours plutôt favorables et nous tenons nos objectifs à court terme. Mais c’est trop tôt pour faire le point sur un ancrage territorial réel. Nous devons continuer de construire notre marque. Pour l’instant, nous travaillons plutôt avec des institutions culturelles pour tout ce qui a trait aux annonces. A terme, nous devrions pouvoir attirer des collectivités territoriales. Sur ce point, nous sommes assez confiants.           

Au fond, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

C’est vrai que nous n’avons pas eu de problèmes majeurs  - ni du point de vue humain, ni du point de vue technique, ni du point de vue économique. Il faut que ça continue !

Comment avez-vous été reçus par vos confrères journalistes locaux ?

Nous avons eu pas mal de retours de la part de la presse locale. Après, il y a les éternels méfiants, comme partout. Nous n’avons pas eu le droit un petit article dans Le Progrès. Honnêtement, l’hostilité vient de la direction. Les journalistes nous suivent parce qu’ils savent que nous ne travaillons pas dans le même créneau, et il y a de la place pour tout le monde à Lyon.

Vous pensez que c’est votre connaissance du terrain qui vous a permis de vous installer aussi vite dans le paysage local ?

La presse travaille avec tellement de contraintes que seule l’ingéniosité permet de construire des modèles viables. Ensuite, il est évident que les projets hors-sols, en locale, c’est assez difficile de le concevoir. C’est nécessairement sur place que l’on construit son réseau.   

Crédits : @emalys69 (Licence Creative Commons), et capture d'écran du site Rue89Lyon.