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Lien vagabond : Comment CNN vérifie (ou non) les contenus sur son site iReport ?

on lun, 01/30/2012 - 09:15

Par Julien Le Bot 

Début de semaine en forme de lien vagabond : l'excellent site Poynter est revenu, la semaine dernière, sur la façon dont CNN, que tout le monde connaît, s'arrange (depuis cinq ans déjà !) pour éviter les catastrophes sur son site dédié aux contenus produits par des internautes (qu'ils soient journalistes ou non) : i-Report. Pour mémoire, cette plateforme est, peu ou prou, ce que Les Observateurs sont à à la chaîne France 24.   

Plutôt que de paraphraser les propos de Craig Silvermann, sur Poynter, quoi de mieux que d'aller y chercher quelques infos et chiffres qui, ce nous semble, sont intéressantes à retenir. 

1/ i-Report, en termes de statistiques, est impressionnant : la porte-parole en charge de cette activité de la chaîne aligne des chiffrs qui donneraient presque le tournis, avec plus d'un million d'i-Reporters enregistrés dans le monde entier, et 2,4 millions de visiteurs uniques par mois. On pourra toujours objecter qu'à l'échelle mondiale, c'est finalement peu. Certes. Mais vous avez 8 journalistes (seulement) pour canaliser les infos et contenus générés par ces internautes. Il y a là, avouons-le, un effet d'optique : dans le processus de vérification, c'est notamment grâce au réseau de CNN que la châine est en mesure de contrôler certains contenus.

Mais tout de même : ceci signifie bien que si les télévisions repensaient (enfin) la ventilation de leurs budgets (TV/web) en mettant le paquet sur la Toile (comment adapter les contenus, comment faire du terrain mais sans se couper des internautes, comment maintenir la conversation, etc.), il y aurait de quoi ré-inventer l'exercice tout en donnant un nouveau souflle à l'information TV. Sur ce point, il suffit de lire les billets d'Eric Scherer sur Meta-Media pour se convaincre de la nécessité (urgente) de repenser les modèles de production/diffusion. Qu'on peut résumer comme ce dernier : ce sont les "Anciens contre les Modernes". 

2/  Seuls 8% des contenus proposés par les internautes sont validés et, à ce titre, mis en avant avec la mention "Vérifié".  Ce sont en effet pas moins de 500 reportages (amateurs, non rémunérés) qui sont proposés à la rédaction (de CNN) par ce canal. De la sorte, il est possible de repérer des informations qui, sans ça, ne seraient peutêtre pas sorties - parce qu'elles ne sont pas à l'agenda, ou parce que l'es grandes agences de presse AFP, Reuters ou AP n'ont pas publié de dépêches sur le sujet. Or, pour qui "bâtonne" dans une newsroom, chacun sait qu'en règle géénrale, une info non avalisée par une dépêche, c'est un bruissement que le tintamarre médiatique ne saurait relayer.

Autrement dit, quoi qu'on pense de cette façon de receuillir de l'information, il est intellectuellement insoutenable de prétendre que nous sommes en mesure de nous passer de ce genre de dispositifs. A cet égard, le témoignage du journaliste fondateur des Observateurs Julien Pain, sur le blog d'Alice Antheaume, visait juste : "Le "type du web" répond au grand reporter". 

3/  C'est donc dans le maintien d'un bon écosystème d'informations que ce type de formule peut fonctionner - pour être crédible, utile, pertinente et fiable. Là, Craig Silvermann résume ine les grandes étapes qui doivent jalonner le processus de vérification :

- Il faut apprécier le profil du contributeur, mesurer sa fiabilité, comprendre ce qu'il a fait ou voulu faire, et par-dessus tout, vérifier qu'il est lui-même sur le terrain. Au plus près de ce qu'il prétend.

- Il est nécessaire, ensuite, de "repasser" sur chacun de ses informations : c'est là, précisément, que peut jouer l'effet de réseau dont dispose un "grand média" - avec ses correspondants locaux, ses contacts privilégiés, ses connaissances et ses règles de prudence.

- Le doute doit pouvoir, à terme, l'emporter pour le média qui orchestre la re-distribution de l'info. L'adage implicite étant : "On n'est jamais trop prudent". Même si l'info circule (souvent trop) vite sur la Toile, il faut parfois savoir reculer tant que le doute l'emporte.       

Crédits) : Captures d'écran du site i-Report de CNN.