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Le journalisme, la R&D et les sentiers de l’innovation pour 2013

on lun, 01/07/2013 - 19:07

Par Julien Le Bot

L’innovation, pour un média, c’est quoi, finalement ? « L’histoire est une galerie de tableaux où il y a peu d’originaux et beaucoup de copies », écrivait Alexis de Tocqueville (dont l’ouvrage L’Ancien régime et la Révolution a, paraît-il, la cote chez des dirigeants chinois). L’écrivain français décelait alors, derrière les ruptures manifestes provoquées par la Révolution, des éléments de continuité historique. Autrement dit, une révolution peut parfois en cacher une autre (qui était déjà là). Quoi qu’il en soit, en matière de journalisme et de numérique, le paysage se déplace, le puzzle se (re)compose, et les sentiers de l’innovation sont (toujours) ouverts : les médias doivent investir sur de la R&D au sens large (sur les formats, les récits, les supports, les données) et des acteurs comme Yakwala sont prêts (et déterminés) à accompagner le mouvement. A cet égard, c’est notamment en passant, en misant, et en s’engageant dans de nouvelles collaborations entre start-ups et groupe de médias que le « schmilbilck numérique » pourra avancer. Objectif : maintenir des exigences éditoriales et fabriquer les méthodes et outils de demain.

Pour s’en convaincre, il n’est pas inintéressant de voir comment, dès le début de l’année 2013, chacun a souhaité afficher son parti pris. Et réaffirmer l’enjeu : « refonder », comme le propose(ra) la prochaine livraison de la Revue XXI, la presse, en publiant un manifeste pour un « autre journalisme ».

Le journaliste Jean Leymarie a d’ailleurs reçu, sur France Info, deux des co-fondateurs de XXI, Patrick de Saint-Exupéry et Laurent Beccaria, pour évoquer, avec le consultant Erwann Gaucher, quelques uns des aspects déterminants à leurs yeux. Et notamment, la nécessité de revenir à certains fondamentaux. A commencer par le terrain.   

A cet égard, le « bluff technologique » dont ils peuvent dénoncer les illusions n’est pas exempt d’intérêt : ce ne sont, en effet, pas les « fermes de contenus » ni les « bâtonnages » de dépêches optimisés dans une logique de référencement qui permettront aux (nouveaux) médias de mettre « la plume dans la plaie » du XXIeme siècle.     

Cela étant, il ne faut pas négliger non plus toutes les ressources offertes par les (nouvelles) technologies pour fabriquer de nouveaux récits, toute une série de services « utiles » (au sens large, c’est-à-dire fondé sur des informations permettant d’accompagner le lecteur dans son quotidien), ou des alternatives en matières de modèles économiques et de systèmes de diffusion.

D’ailleurs, et c’est pour Yakwala l’un de ces axes clés de développements, il est urgent de démocratiser l’accès aux données ouvertes dites Open Data (notamment locales) et de permettre aux acteurs de l’information (au sens large) de s’emparer pleinement des potentialités nées de l’apparition des technologies Big Data. Pour s’en convaincre, et pour plaider encore une fois une cause que nous défendons depuis des mois (« Et si le redressement productif passait par l’Open Data ? »), la tribune publiée dans Le Monde par Stéphane Grumbach et Stéphane Frénot montre bien la nécessité – au sens historique – du bon usage de ces technologies et de la bonne compréhension que nous pouvons (devons ?) en avoir.

« Pour des raisons historiques et politiques, l'Europe a peur des données. Elle voit dans la société de l'information une menace qu'il convient de circonscrire, et qui semble inhiber toute vraie ambition. »

 Et les auteurs de poursuivre :  

« Cette situation est plus qu'alarmante. Nous disposons pourtant en France d'un moteur de recherche, Exalead, développé par Dassault Systèmes. Pourquoi ne fait-on pas de son développement une cause nationale ? »

Précisément ! Yakwala, partenaire d’Exalead depuis sa participation au premier concours Dataconnexions, est en mesure de travailler avec les acteurs des médias pour inventer/innover progressivement, en bonne intelligence avec les besoins éditoriaux, les usages du ou des publics, et l’évolution des technologies.

D’ailleurs, ironie du sort dans ce contexte de basculement tous azimuts des repères et des modèles, et pour reprendre le titre d’un petit article repéré par Damien Van Achter sur Apache News Lab,  « Le journalisme et les journalistes n’ont pas trop de soucis à se faire. Les médias par contre… » En un certain sens, de nombreux journalistes ont déjà bien compris qu’il était plus que temps de réagir et de partir à la rencontre de nouveaux modèles. D’ailleurs, les « 9 leçons d’#ObsWeb » publiées sur Storify par le journaliste Nicolas Becquet sont à méditer. Et sa conclusion formule, non sans délicatesse, l'alternative que les circonstances nous proposent :

« (…) l'innovation est un processus transversal et collectif. Le grand fossé qui sépare "petits" et "grands" média donne parfois le vertige, surtout lorsque l'on compare les problèmes quotidiens et terre-à-terre d'un côté et les moyens déployés de l'autre. Il existe pourtant une troisième voie, celle issue de la philosophie du journalisme entrepreneurial et de sa logique disruptive. »

En 2013, il va falloir que des acteurs d’horizons divers, médias, journalistes, entreprises innovantes et start-ups avec, pourquoi pas, le concours d’universités et de laboratoires spécialisés, continuent et/ou apprennent à travailler ensemble, selon des logiques qu’il va s’agir de défricher. Avec, dans le meilleur des cas afin de transformer l’écosystème (pour ne pas dire plus) : 

  • Des logiques communes (entre groupes de médias),
  • Du partage d’expériences (sur la base des outils utilisés, des technologies développées, etc.)
  • Voire le recours à une forme d’innovation ouverte,
  • Et, bien entendu, des initiatives pilotes.  

Au fond, et comme le veut finalement l'étymologie du mot "crise" (qui nous vient du grec), il n'est pas trop tard, bien au contraire, de prendre les "décisions" qui s'imposent. Parce que nous y sommes. Le moment s'y prête.   

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Photo : @bumblebee_Fr (licence Creatice Commons)