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Avec Lagenda.me, les fondateurs de Nawaat ont fabriqué un véritable laboratoire de l'info locale tunisienne

on ven, 09/28/2012 - 07:11

Par Julien Le Bot

La centralisation (ou l'hyper-polarisation) n'est pas un défaut essentiellement jacobin (ou, si l'on préfère, hexagonal). En Tunisie, par-delà les questions d'évolutions des pratiques et des usages liés au numérique et/ou au contexte politique actuel, il existe un fait : les médias sont (presque) tous installés à Tunis. Conséquence évidente : l'information de proximité, "en régions" (dans les différents gouvernorats), est parfois rare. Rencontre avec Malek Khadraoui, l'un des cofondateurs du collectif Nawaat, une association s'intéressant de près à l'indépendance des journalistes, développant des solutions au service des internautes et des territoires, et préparant, à sa façon, quelques unes des innovations qui pourraient permettre de métamorphoser le paysage médiatique local.     

 

Nawaat n'est pas un collectif né de la dernière pluie (ou du renversement du régime de Ben Ali) : ses fondateurs sont sur le front (de l'information) depuis 2004. Mais un coup d'accélérateur a nécessairement été donné depuis quelques mois : les projets se multiplient (sur le web, en production de contenus, en vidéos, mais aussi pour tout ce qui concerne la mise en place de formations), les langues se délient (il n'y a qu'à voir le rôle et la place de Facebook dans l'espace public), les enjeux (en terme de partage d'informations) sont évidents, et les moyens sont là pour travailler (puisque cette équipe a su convaincre une ONG, l'Open Society Fondations, de les soutenir financièrement pendant deux ans).  

En somme, Malek Khadhraoui, qui coordonne le travail d'une petite dizaine de personnes au premier étage d'un immeuble du "Vieux-Tunis" (si l'expression a un sens), a les idées claires même si rien n'est gagné pour Nawaat. Si le collectif travaille sur de multiples chantiers destinés à lui permettre de conquérir son indépendance financière, l'ensemble du travail est guidé par un credo : permettre à tous les Tunisiens d'accéder à une information indépendante, mais aussi à une informaiton de proximité.

C'est dans ce contexte et dans le cadre de cette approche qu'a été développé le projet suivant : lagenda.me. Si l'information est aujourd'hui fragmentée, éclatée, ou difficile à trouver, quoi de mieux que de travailler sur une solution de centralisation de l'info locale et de son agenda, avec, pour faire tourner cette machine numérique, une dimension contributive. En somme, lagenda.me, c'est un agenda décentralisé au service de tous. C'est ainsi que l'équipe présente ce service géolocalisé : 

Premier né du laboratoire de projet, Nawaat HackerSpace, Lagenda.me est le premier site communautaire tunisien qui a pour objectif de lister tous les événements qui ont lieu en Tunisie et ailleurs. De la culture à la politique, des manifestations aux soirées clubbing, vous pouvez tout trouver sur Lagenda.me. Plus la peine de naviguer pendant des heures sur le Net à la recherche d’événements. Sur Lagenda.me tout est classé par date, lieu ou encore catégorie.

Voici donc, en musique, le mode d'emploi :      

(lagenda.me from tunisians on Vimeo.)

Bien évidemment, et chacun l'aura compris, il n'est pas inconcevable, dans l'hypothèse où cet agenda hyperlocal participatif est bien pris en main par des communautés d'utilisateurs, qu'une partie du modèle économique de la rédaction de Nawaat repose sur la mise en place de services payants pour les entreprises et institutions. 

La proximité, à l'heure du numérique, c'est aussi l'implication des audiences et/ou des volontaires dans le suivi et la couverture de l'information locale : Nawaat a donc déjà mis en place, en partenariat avec Canal France International et le ministère tunisien de la Jeunesse et des Sports, un réseau de six blogs collectifs (dont un à Sidi Bouzid). Cet engagement de l'équipe s'est raduit par la mise en place de formations à destination d'acteurs de la vie locale souhaitant produire et partager des informations de dimensions locales.

Ces blogs, avec deux ou trois billets par semaine en moyenne, ont su trouver une petite audience locale (a fortiori quand on sait qu'il n'existe - quasiment - pas, en Tunisie, de presse locale). Dans le prolongement de ce dispositif, l'équipe réfléchit même à une mise en réseau de ses blogs, à une extension des initiatives locales, mais aussi au développement d'un outil qui permettrait de centraliser ces informations. Le nom auquel songe Nawaat : Jaridati, ou "Mon journal".  En un certain sens, il s'agit presque d'une déclinaison locale des intuitions qui ont présidé au développement du projet Yakwala. A suivre !   

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Crédits : Captures d'écrans des sites de Nawaat.org et de Lagenda.me