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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur "l'Opération Libre" (sans jamais oser le demander)

on mar, 04/02/2013 - 08:06

Par Julien Le Bot

On ne présente plus (ou presque plus) l'association LiberTIC : pour qui s'intéresse (un tant soit peu) à l'Open Data en France, il est à peu près impossible de concevoir que vous soyez passé à côté de son travail de veille et de réflexion.  Pour l'équipe de Yakwala (& de Bluedrop), pleinement investie dans ces questions, il n'était pas possible de passer à côté de l'Opération Libre organisée à Brocas les 6 et 7 avril 2013, en Aquitaine. Claire Gallon, co-fondatrice de cette "boîte à idées ouverte" (traduction artisanale de ce qu'on pourrait apppeler un "Open Think Tank"), a bien voulu répondre à quelques unes de nos questions sur ces deux journées mêlant wiki, data, carto(s) et outils libres.  

1/ "Opération Libre", c'est qui ? 

Opération Libre réunit 8 organisations qui travaillent autour des logiciels, licences, données, contenus et formats libres. On y retrouve Creative Commons, Framasoft, Libertic, Libreoffice, Open Knowledge Foundation France, Openstreetmap France, Regards Citoyens et Wikimedia France.

2/ "Opération Libre", kézako ?

Il s'agit d'une opération participative, sur une durée limitée de 48 heures, qui vise à soutenir la libération d'une petite commune. Les zones rurales et petites communes sont encore en observation sur les mouvements d'ouverture qu'elles considèrent parfois inaccessibles par faute de ressources. L'objectif de l'Opération Libre est de démontrer que l'ouverture à cette échelle est possible et qu'il y a des opportunités à développer. Ce sera également l'occasion de questionner les modalités pratiques et de réaliser un rapport de restitution afin de partager cette expérience. L'opération aura lieu sur la commune de Brocas les Forges les 6 et 7 avril.

3/ Quand on dit "Opération libre", ça veut dire quoi ? 

Les contenus, données, licences ou formats libres sont des outils et méthodes qui garantissent les droits d'accès, d'usage et de partage pour tous. L'opération marque le lien entre tous ces domaines et l'open data. Il s'agit d'inviter les acteurs publics à questionner la cohérence de leurs démarches. Pourquoi les informations publiques, les contenus ou les sites institutionnels restent-ils fermés ? Pourquoi le seul espace d'accès et réutilisation possible serait la plateforme open data (excluant de fait le reste des productions publiques) ? Une cohérence dans la communication numérique globale est indispensable pour développer une ouverture par défaut, et l'utilisation de logiciels , formats et licences libres à la source facilite ce changement de paradigme.

4/ Si "tout le monde" est invité à y participer, n'est-ce pas aussi parce qu'il y a tout un travail de partage à faire autour des enjeux du numérique ? Le public est-il prêt à se mobiliser, selon vous ?

Les actions proposées sont en effet dans l'esprit de coproduction. Il y aura un gros travail de collecte et libération mais la finalité bénéficie au territoire comme à sa population. Les habitants sont les plus à même de décrire leur territoire, c'est pour cela que nous les avons convié. Les Brocassais ont déjà contribué à la création de contenus à travers la remise de leurs affiches et cartes postales personnelles qui ont été numérisées par la commune. Sur l'échelle d'une petite commune, la notion d'appartenance est plus forte et les habitants plus impliqués. Lorsqu'on évoque l'histoire du village, sa préservation à travers la diffusion en ligne ou sa valorisation, on trouve des personnes motivées.

Il y a également un lien avec leurs actualités. L'école primaire a été mobilisée pour la collecte de données botaniques car ce thème fait partie des cours de l'année. Les pompiers volontaires ont déjà pu profiter du premier travail d'intégration du cadastre sur OSM avec les numéros de rues qu'ils n'avaient pas jusque là. Les commerçants sont également intéressés pour référencer leurs horaires d'ouverture, géolocalisation, etc. Des animations permettront aux habitants de (re)découvrir leur patrimoine, de rédiger des articles sur les monuments, ou de réaliser une cartographie du territoire, ce sont des moments ludiques que l'on peut réaliser en famille et qui sont d'autant plus fédérateurs que cela touche à la vie locale et pratique.

5/ Qu'attendez-vous, concrètement, d'une telle opération ?

Démontrer que l'ouverture des données et contenus à l'échelle d'une petite commune ou d'une zone rurale est possible et qu'il y a des opportunités à développer. Rappeler que l'ouverture s'accompagne de licences et formats ouverts et que ces démarches vont jusqu'au développement de la participation des habitants. Démontrer la valeur des projets collaboratifs tels que Wikipedia ou Openstreetmap. Soutenir l'effort de la commune de Brocas dans sa démarche d'ouverture. Réaliser un retour d'expérience qui permettra de défricher le sujet et d'inciter d'autres communes à développer ces pratiques.

6/ Selon la Gazette des communes, l'Open Data est en passe de devenir une obligation pour les collectivités territoriales : pensez-vous que ces actions "libres" et les "hackathons" organisés ici ou là contribuent utilement à faire pression sur les autorités ? 

Cette opération comme les hackathons ont notamment pour objectif de démontrer les opportunités de l'ouverture. Si l'open data devient une obligation, ce n'est plus de preuves pour convaincre dont nous aurons besoin mais de méthodologies applicables à grande échelle, au risque de provoquer la publication massive d'informations inexploitables.

Les premiers préparatifs de l'Opération Libre avec Brocas ont soulevé de nombreux problèmes techniques et juridiques spécifiques aux petites communes. Cette opération permet justement d'identifier les limites et contraintes locales que nous restituerons. Selon l'INSEE, les trois quarts des communes françaises ont moins de 1 000 habitants. Lorsque leurs services sont numérisés, les gestionnaires n'ont souvent que des bases rudimentaires de bureautique. Engager une démarche d'ouverture généralisée dans ce contexte est un réel défi. Il manque encore une véritable compréhension du sujet et des outils clés en main pour lever les barrières techniques.

8/ Vous êtes-vous inspirés d'autres formes d'opérations libres en Europe ou dans le monde ? 

L'Opération Libre est une compilation d'initiatives existantes. On associe les cartoparties, les wikiparties, les formations aux outils et licences libres, les hackathons, etc pour créer une animation originale. A ma connaissance il n'existe pas d'opération équivalente de coproduction avec une commune et ses habitants pour développer les valeurs de l'ouverture sous de multiples aspects. Aux Etats-Unis il y a « Code for America » qui propose l'immersion de développeurs au sein des collectivités pour créer des services utiles. C'est ce qui pourrait s'en rapprocher le plus mais ils travaillent uniquement sur la mise en place de services.

9/ Si vous deviez plancher sur une autre opération libre, de plus grande envergure, que souhaiteriez-vous faire ? 

Le changement d'envergure pourrait être dans la temporalité (une opération sur plus de 48 heures) afin notamment de mieux préparer la pérennité des projets par la formation des acteurs locaux. On pourrait aussi développer plus de partenariats pour mettre en valeur des projets et organisations qui ont leur place sur cette thématique et produire plus de variétés d'animation. Par contre il semble difficile d'envisager ce même format sur une grande ville car il implique une participation active de la commune, des habitants, la possibilité de couvrir le territoire en 48 heures et d'avoir accès au système d'information. Mais d'autres territoires se sont déjà montrés intéressées par l'initiative. Alors à suivre !

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Crédit image : @opensourceway (Licence CC)