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Et on fait comment pour réinventer le journalisme ? Conversation(s) avec @Chouing, @NicolasBecquet & @Cyceron

on dim, 11/10/2013 - 08:21

Par Julien Le Bot

Le changement (dans les rédactions), c'est pour quand ? Les Assises du journalisme 2013, organisées cette année à Metz (en y associant les ObsWeb), ont tenté pendant 3 jours de redonner de l'horizon à une profession (parfois) désorientée par le numérique ("on peut faire autre chose que du buzz, sur le web ?") et empêtrée dans des questions de court-terme ("on change la rotative pour ne rien changer ?"). Sur les affiches, placardées partout dans l'Arsenal, nul ne pouvait ignorer le sens de l'histoire : "Réinventons le journalisme" (après tout, pourquoi pas, puisqu'on n'a pas le choix). En marge des ateliers de travail thématiques, de la couverture de la rédaction éphémère === qu'on peut retrouver ici === (mobilisant une soixantaine d'étudiants en journalisme), et des rencontres en coulisses, entretiens (croisés) avec Cédric Motte (de @Newsresources), Nicolas Becquet (de L'Echo), et Cyrille Franck (de l'agence Ask Médias).

Fête Foraine

La nature a horreur du vide. Le journalisme n'est pas mort, vive le journalisme. Si les choses changent, c'est d'abord et avant tout parce que, à l'intérieur des organisations (en marge, parfois), des individus font bouger les lignes. Ils écrivent, ils testent des outils, ils enquêtent et réfléchissent aux moyens qu'il se donne, aux méthodes qui les guident. Au bout du compte, ils concoctent autrement leur popote. Les Assises ont permis de réunir une faune hétéroclite : journalistes (salariés, indépendants, entrepreneurs), chercheurs, étudiants, et tutti quanti. De quoi brasser des idées, croiser des regards, multiplier les foclaes. Et l'heure est au partage(s), aux retours d'expérience(s).  Parce qu'on n'invente rien en restant dans son coin. Le web, c'est une autre culture.  

Cela autant, l'affaire est entendue : c'est vrai, quelque soit le climat, personne n'a pour l'instant trouver "LA" bonne recette. Les modèles économiques des médias sont, pour le dire très vite, caduques (depuis 30 ans...). Nous sommes condamnés à continuer de chercher la voie. Pour (pouvoir) informer, il faut (pouvoir) s'en donner les moyens.      

A cet égard, il est intéressant de s'interroger sur les conditions de production de l'information. Le journaliste Cédric Motte (@chouing pour les intimes) est l'un de ceux qui tentent de poser autrement les termes du débat. 

  • Qu'est-ce qu'un indépendant ? Un entrepreneur ? Un journaliste ? 
  • Quels sont les obstacles ? Et comment penser la circulation de la copie ? 
  • Enfin, pourquoi s'appuie-t-on tant sur des outils comme Twitter ? Ne peut-on envisager des alternatives pour fabriquer du temps réel ? De nouvelles formes de reportages ?  

Entretien avec @Chouing :

 

Et oui, on court peut-être après la quadrature du cercle, quand on cherche un modèle à l'équilibre : 

Encore que. Il n'y a pas de cause perdue. 

Nicolas Becquet est journaliste pour L'Echo, en Belgique. Et son blog, Mediatype.be, est sans doute l'un des plus riches et des mieux élaborés pour apprécier pratiquement les nouvelles conditions de production de l'information. L'artisan-et-journaliste profite de cet espace ouvert pour se confronter à sa matière principale : l'information.  

Entretien avec Nicolas Becquet pour comprendre ce que "décloisonner les supports" veut dire :

Et pour être on ne peut plus concret, Nicolas Becquet a animé un atelier portant sur le "journalisme en mobilité".

  • Le journalisme de terrain, quoi ?
  • Le reportage "multi-quoi" ? Avec quel outillage ?
  • Et pourquoi tout cet attirail ? 

Naturellement, le journaliste bardé de gadgets en bandoulières qui s'agite dans tous les sens pour ne rien dire, ne rien faire, voilà l'ennemi !   

Et la démonstration orchestrée par Nicolas Becquet fut claire, pragmatique, concrète. C'est au service de l'information que l'on veut aller chercher qu'il se mettre. Les outils sont ceux que le sujet exige, un point c'est tout. Le journalisme n'est pas une science : il faut penser son approche. Réfléchir à son travail sur le terrain. Anticiper tant que faire se peut. Et le récit s'écrit, potentiellement, à la croisée des supports et des temporalités. Avant, pendant, après. En temps réel, en différé, et au-delà.    

Voici le making-of de cet atelier :

 

Enfin, et sans sombrer dans d'obscures considérations sur l'innovation (une notion ambiguë, qui peut parfois annoncer le pire), il est intéressant de tenter de cerner les freins ou les obstacles concrets qui, dans les rédactions, empêchent parfois de "réinventer le journalisme". 

  • Comment transforme-t-on une équipe, un projet, une rédaction qui court après l'info et son workflow ?
  • Quels sont les fondamentaux de la culture numérique ? 
  • Au fond, financièrement, comment investir quand les caisses sont vides ? 

Cyrille Franck (ou @Cyceron), de l'agence Ask Média, évoque voit ces trois enjeux (il y a en sans doute d'autres) :   

En somme, les questions qui se posent sont loin d'être réglées...  Toutefois, il ressort clairement de ses 3 jours à Metz que c'est notamment en mutualisant les efforts, en investissant massivement, en sortant des systèmes d'aides à profusion (sur la modernisation des rotatives, pour reprendre un exemple devenu coutumier) et en partageant les retours d'expérience que les rédactions peuvent espérer (re)trouver des marges de manoeuvre, et renforcer leur indépendance.     

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Crédit : @Pierre Hurtevent (Licence Creative Commons CC BY-SA 2.0)